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Diane Arbus, la photographe tourmentée

Diane Arbus

Diane Arbus

14 mars 1923 - 26 juillet 1971

Issue d’une famille aisée, Diane Arbus (née Nemerov) grandit à New York. Ses parents avaient un magasin célèbre, dénommé Russek’s. Elle fréquenta l’école préparatoire, Fieldston School for Ethical Culture. Bien que ses parents n’aient pas évolué  dans le milieu artistique, il semble tout de même qu’un esprit créatif flottait dans cette famille puisque son frère Howard Nemerov (1920-1991) devint un célèbre poète (obtenant le Prix Pulitzer de poésie en 1978), sans oublier sa sœur cadette Sparkia qui s’orienta vers la sculpture. De son côté, Diane pratiqua le dessin, la peinture et le modelage. Comme elle était d’’une nature très craintive et semblait se réaliser à travers l’art, ses parents l’encouragèrent dans cette voie.

À environ 14 ans, elle rencontra celui qui devint 4 ans plus tard, son mari, Allan Arbus. Une relation amoureuse qui fut longtemps cachée, les deux amants n’étant pas du même milieu social. Ensemble, ils eurent deux enfants : Doon (née en 1945) et Amy (née en 1954). Les parents de Diane espéraient la voir continuer ses études, mais elle se voyait plus comme une bonne mère de famille plutôt qu’en femme d’affaires.

Les deux jeunes gens étaient très intéressés par la photo. Un amour pour cet art qui fut peut-être accentué après le service militaire d’Allan. En effet, Allan se perfectionna en travaillant pour le Signal Corps de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale et une fois celle-ci terminée, les deux époux ouvrirent un magasin de photo spécialisé dans la mode et la pub. Un studio qui se fit un nom en travaillant avec des grands magazines tels que Vogue ou Glamour. Mais c’est pendant qu’Allan effectuait son service militaire que Diane réalisa l’une de ses premières photos. Il s’agit d’un autoportrait semi-nu; une photo destinée à son mari appelé sous les drapeaux.

Dans leur entreprise, c’est Allan qui prenait les photos et Diane qui gérait les contacts avec les agences de mode. Elle apprit tout de même la photo, au contact de son mari.

Puis Diane prit plus d’assurance et finit par se détacher peu à peu de l’équipe qu’elle formait avec son mari Allan. Diane aspirait à autre chose, elle voulait devenir photographe portraitiste. Entre 1955 et 1957, elle étudia la photo avec Lisette Model à la New School for Social Research de New York. En manque de confiance en elle et souffrant d’un début de dépression, Diane fut encouragée par Lisette qui la poussa à se dépasser et à oublier ses craintes.

Kid in Blackface with Friend, N.Y.C 1957

Kid in Blackface with Friend, N.Y.C 1957

 

Female impersonators dressing room, N. Y. C , 1958

Female impersonators' dressing room, N. Y. C , 1958

 

C’est durant cette période que le couple se sépara, Allan refaisant sa vie avec l’actrice Mariclare Costello. En cette fin des années 1950, Diane travaillait alors seule et elle commença à réaliser des séries de portraits au début des années 1960. D’ailleurs, ses premières réalisations furent publiées en 1960 dans le magazine pour hommes Esquire.

Jack Dracula the Marked Man 1961

Jack Dracula, the Marked Man, 1961

Les années 1960 furent riches en évènements pour l’artiste. Ses travaux étant de plus en plus remarqués, Diane se vit confier différentes commandes de photos de célébrités. Par deux fois, elle obtint la bourse du Guggenheim (1963 et 1966), lui permettant notamment de réaliser « American Rites, Manners and Customs », grand recueil de portraits d’Américains, mettant en avant les rites de cette société. Par deux fois également, elle vit ses travaux exposés au Musée d’Art Moderne de New York (en 1964 et 1967).

Et c’est aussi au début de cette nouvelle décennie qu’elle commença à trouver son style, optant pour le format carré 6x6 et délaissant le rectangulaire 24x36; en noir et blanc uniquement et essentiellement en extérieur. Diane se concentra aussi sur New York pour ses réalisations.

A young man in curlers at home on West 20th Street 1966

A young man in curlers at home on West 20th Street, 1966

La photographe manifestait une préférence pour les portraits de personnes que la société préférait ignorer et mettre de côté en les traitant de “marginaux”. Ainsi, on retrouve sur ces clichés, clowns, danseuses exotiques, artistes de cirque, travestis, handicapés mentaux… Par le biais de ses portraits, elle mène une réflexion sur l’identité et l’apparence. Son travail intrigue autant qu’il fait sensation ou choque. Elle fut surnommée « photographer of freaks » (« photographe des monstres » ou « photographe de l’anormal », certains lui reprochant de pratiquer « un art de sorcière. » Ses photographies controversées deviendront les œuvres qui définiront sa carrière.

Parallèlement à son travail d’artiste, elle commença également à enseigner la photographie, tout d’abord à la « Parsons School of Design » puis à la « Cooper Union » à New York, et enfin à la « Rhode Island School of Design à Providence ».

Durant les derniers mois de son existence, Diane Arbus réalisa une longue série de photos dans des hôpitaux psychiatriques. Souffrant d’une profonde dépression, Diane décida d’en finir avec la vie le 26 juillet 1971 dans le loft transformé en atelier d’artiste de Greenwich village, à Westbeth, sur les bords de la rivière Hudson.  

Masked Woman in a Wheelchair Pennsylvania 1970

Masked Woman in a Wheelchair, Pennsylvania, 1970

 

Son ultime série fut donc publiée après sa mort, sous le titre « Untitled ». Des clichés qui provoquèrent le débat puisqu’ils mettent en scène des personnes déficientes mentales déguisées pour Halloween, mais incapables de donner leur accord pour les prises de vues. Les handicaps de ces personnes et leur déguisement accentuent l’aspect dérangeant des clichés de Diane, pour ses détracteurs. Mais elle ne pensait pas à mal; l’artiste était fascinée par ces personnes et voyait en elles uniquement une grande innocence.

An empty movie theater N.Y.C. 1971

An empty movie theater, N.Y.C., 1971

 

Ses œuvres furent plusieurs fois exposées à travers le monde, mais encore davantage après son suicide. À commencer par le Musée d’Art Moderne de New York, qui décida de maintenir la rétrospective de son œuvre, prévue avant sa disparition. Plus de 250 000 personnes se rendirent à cette exposition et plus de 200 000 exemplaires de la monographie publiée pour l’occasion, furent vendus. Pour la couverture de l’ouvrage, la déjà célèbre photo des jumelles Cathleen et Colleen fut retenue (photo qui aurait, selon la légende, inspiré Stanley Kubrick pour son film Shining; une information démentie par la veuve du réalisateur).

Identical Twins Roselle New Jersey 1967

Identical Twins, Roselle, New Jersey, 1967

L’exposition continua à l’Art Institute de Chicago, au Baltimore Museum, au Walker Centrum of Minneapolis, puis elle s’exporta à la National Gallery of Canada, mais aussi à Londres, Paris, au Japon, en Australie, et en Nouvelle-Zélande.

Adulés ou détestés, ses travaux ne laissèrent personne indifférent. Ils jouissent d’une grande cote auprès des collectionneurs. Le mythe Diane Arbus est aussi entretenu par ses filles, notamment l’aînée, Doon, qui est en charge des archives photographiques et qui ne laissa personne ou presque les consulter pendant des années.

Cela dit, certaines de ses œuvres furent mises sur le marché. C’est le cas du « petit garçon tenant une grenade » vendue une première fois en 2005 puis chez Sotheby’s en 2008 pour 180 000 dollars. Dans la foulée, « Famille sur la pelouse un dimanche après-midi » fut adjugée à 550 000 dollars. En 2007, ces fameuses archives furent vendues au Metropolitan Museum of Art de New York, pour plusieurs millions d’euros (la somme n’étant pas connue de manière certaine).

En immortalisant toutes ces personnes considérées comme « des phénomènes de foires », Diane Arbus a voulu montrer, afin de les faire accepter, ceux que la société essayait de dissimuler. Montrer leur beauté et humanité.

Mexican dwarf in his hotel room NYC 1970

Mexican dwarf in his hotel room, NYC, 1970




A propos de l'auteur

Pit

Pit

Passionné par la création d’image et grand rêveur dans l’âme, la photographie m’a permis de combler ce désir de raconter une histoire sans avoir à y passer 10 heures. C’est cette capture narrative qui me fascine le plus. Par conséquent, je me focalise en général davantage sur la créativité que sur la technique pure. Ne me demandez donc pas si je préfère une marque ou une autre: c'est le cadet de mes soucis ! ;)

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