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Vivian Maier, la mystérieuse

 

Vivian Maier, autoportrait

1er février 1926 - 21 avril 2009

 

Née en 1926 à New York, d’une mère française et d’un père d’origine autrichienne, Vivian a vu son œuvre reconnue sur le tard, comme nous le verrons ensuite. Son père brille par son absence et le couple se sépare rapidement. Charles, le frère de Vivian (de 6 ans son aîné) est confié aux grands-parents paternels. Vivian reste avec sa mère Marie Maier et toutes les deux trouvent refuge chez Jeanne Bertrand, portraitiste et sculptrice de talent. C’est d’ailleurs probablement cette dernière qui influencera Vivian dès 1930. Jeanne Bertrand s’est faite remarquer en 1906, lors d’une exposition de photographies à Boston. Vivian est donc, dès son plus jeune âge, au contact d’une artiste professionnelle; situation rarissime pour l’époque.

En 1932, Vivian est âgée de 6 ans lorsqu’elle découvre les Alpes et les origines de sa famille maternelle. Avec sa mère, elle séjourne d’abord dans le domaine de Beauregard, lieu uniquement occupé par une tante, Marie-Florentine Jaussaud, célibataire et sans enfant. Tous les jours, Vivian parcourt  à pied les quelques kilomètres qui séparent le domaine de l’école communale où elle est au cours préparatoire. Bien qu’elle ait été probablement trop jeune pour bien connaître la vie New-Yorkaise, cette nouvelle existence est bien loin de ce qu’elle a vécu jusque-là. Vivian découvre la vie des paysans des années 1930 et se balade de village en village pour voir ses cousins; des moments que sa mère, Marie, immortalise en les photographiant. Jusqu’en 1938, Vivian mène véritablement une enfance plus heureuse.

Puis durant l’été de cette même année, sa mère décide subitement de retourner aux États-Unis avec sa fille. Pour quelle raison, nul ne le sait ! Mais c’est pendant cette période que Marie-Florentine Jaussaud modifie son testament et fait de Vivian son unique héritière. Vivian laisse dans le village, l’image d’une enfant adorable, enjouée.

 

France, 1959

France, 1959.

 

De retour donc aux États-Unis, Vivian, qui maîtrise le français, doit donc réapprendre l’anglais, langue qu’elle n’a plus parlée  depuis 6 ans. Le cinéma et le théâtre l’aideront dans cette tâche. C’est un changement radical aussi en ce qui concerne son cadre de vie: De la campagne tranquille où tout le monde se connaît, elle passe à une ville gigantesque, en mouvement perpétuel. Les années passent et l’on en sait au final assez peu sur Vivian. Il est fort probable qu’elle n’ait pas pu faire d’études supérieures et qu’elle ait travaillé comme vendeuse.

Petit saut dans le temps et nous voilà maintenant au début des années 1950. Vivian est alors de retour en France pour régler la succession de sa grand-tante Marie-Florentine Jaussaud, sa mère, Marie Maier, en ayant été écartée. Le domaine est composé d’un bâtiment et de 15 hectares que Marie fait mettre aux enchères, sous forme de lots ou de gré à gré, selon les circonstances et les personnes intervenantes. Pour patienter durant les périodes de transaction et quel que soit le temps, Vivian parcourt les chemins de son enfance et prend des photos des paysages, des personnes qu’elle rencontre.

Vivian photographie tout et tout le temps; au point qu’on la surnommera « l’espionne ». Partout où elle passe, elle fait l’unanimité, par l’énergie de son enfance, qui ne l’a jamais quittée et par sa capacité d’adaptation à la vie plus rude des montagnards.

 

Grenoble, France, 1959.

Grenoble, France, 1959.

 

Cette parenthèse française prend fin en avril 1951, où Vivian retourne à New York. Son histoire personnelle se fera encore plus secrète. Les seules preuves de son existence sont alors ses photographies et ses voyages, deux passions qu’elle peut satisfaire grâce aux ventes liées à la succession. Elle se fait aussi gouvernante d’enfants, emploi qui lui permet d’exercer sa passion pour la photo au quotidien, tout en gagnant sa vie et en ayant un toit.

Vivian se tient régulièrement informée de l’actualité de la photographie, visitant probablement plusieurs fois l’exposition « The Family of Man », organisée par Edward Steichen en 1955. Il est également possible qu’elle ait tenté de montrer son travail au moins une fois; mais sans succès, comme nous le savons maintenant.

 

1956,  Chicago.

Chicago, 1956.

 

New York donc à son retour, quelques mois en Californie, puis une installation définitive à Chicago, où elle s’offre le luxe de profiter d’une chambre noire ainsi que d’une salle de bain privée. Cela lui  permet de traiter ses impressions et de développer ses propres rouleaux de film noir et blanc. Au début des années 1970, les enfants dont elle s’occupe entrent dans l’âge adulte, Maier doit alors trouver une nouvelle famille. Cela l’oblige à abandonner le développement de ses propres négatifs. Alors qu’elle se déplace de famille en famille, ses travaux  commencent à s’accumuler.

De plus, Vivian continue à voyager : Canada, Cuba et Porto Rico, Asie, Europe... Elle fait le tour du monde, sans oublier de repasser par la vallée de son enfance. À pied ou en vélo, elle parcourt à nouveau les chemins qu’elle aimait tant lorsqu’elle était plus jeune, immortalisant encore les paysages et les personnes croisés. Lorsqu’elle quitte la France, cette fois, c’est définitif. Elle reprend ses voyages et retourne aux États-Unis. Mais nous n’en saurons sûrement jamais plus sur Vivian.

 

Thaïlande, 1959.

Thaïlande, 1959.

 

Les années passent, la vieillesse arrive et ses deux passions dévorantes couplées à de l’instabilité professionnelle favorisent très certainement  l’émergence de ses difficultés financières. Comme elle ne peut plus payer le garde-meuble où sont entassés ses biens, une vente aux enchères a lieu, avec notamment ses caisses de pellicules photo.

Esprit libre, Vivian laisse sa curiosité la guider toute sa vie. N’ayant pas une vie familiale particulièrement heureuse, elle se réfugie alors dans la photo et les voyages. Ses clichés traduisent un intérêt pour ceux qui n’ont pas eu une vie simple. Amatrice d’expositions, de musées, de cinéma et lectrice régulière de la presse, Vivian a forcément connaissance du mouvement de la photo de rue. Il est donc probable qu’elle est influencée par des artistes comme Diane Arbus, Robert Frank, Lisette Model…

Bien qu’elle ait un caractère doux, notamment avec les enfants qu’elle garde, personne ne peut dire aujourd’hui qu’il la connaissait. En effet, les témoignages la concernant se contredisent totalement: Une nounou attentionnée pour certains ou une vilaine sorcière pour d’autres. Même ses autoportraits ne nous en disent pas plus sur sa personnalité; des portraits en jeux de miroirs, la représentant mutique et grave.

Seule certitude: son talent de photographe passé si longtemps inaperçu.

 

New York, 1959

New York, 1959.

 

Vivian ne s’est jamais mariée, n’a eu aucun enfant, ni aucun ami assez proche pour parler d’elle. Elle disparaît le 21 avril 2009, sans avoir pris le temps de trier ses photos (elle fit peu de tirages au final) ou ses négatifs.

Mais alors, comment ses œuvres sont-elles devenues célèbres ? C’est pendant l’hiver 2007 que tout commence. John Maloof achète un carton rempli de négatifs (pour 380 dollars) lors d’une vente aux enchères à Chicago. Maloof range finalement son acquisition, car aucune photo ne lui est utile pour le livre qu’il prépare sur un quartier de Chicago. Il publie tout de même quelques 200 photos qu’il aime, sur son blog personnel. Sa communauté adore et c’est le début de la notoriété pour Vivian. Malheureusement, Maloof ne pourra pas rencontrer Vivian puisqu’il apprend, en 2009, la mort de la photographe, quelques jours avant de découvrir sa dernière adresse.

 

Autoportrait, New York, 1953.

Autoportrait, New York, 1953.

 

Il entreprend alors d’acheter tout ce qu’il peut en lien avec l’artiste et se retrouve en possession de 2000 rouleaux de pellicule en noir et blanc non développées, de 100 000 négatifs, de 700 rouleaux de pellicule couleur, de films 8mm et 16 mm, sans oublier différentes affaires personnelles (vêtements, papiers, objets…). Comme on ne lui connaît ni famille, ni proches, cette situation génère des querelles juridiques autour de l’identité de ses ayants droit et des débats sur le statut de l’œuvre. Un administrateur est nommé pour gérer le patrimoine et conclure en 2016 un accord avec John Maloof.

Aujourd’hui, c’est lui et le galeriste américain Howard Greenberg qui prennent les décisions concernant le tirage, la publication et la vente de ses  images.

 

New York, 1954

New York, 1954.

 

A propos de l'auteur

David

David

Marié à une photographe et très bon ami d'un photographe expert, j'ai pu découvrir quelques uns de leurs secrets. Je suis encore très loin de leurs niveaux mais je vais continuer de m'améliorer et partager avec vous tout ce que je sais et que j'apprends au fur et à mesure de ma progression.

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